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Te Deum de Marc-Antoine Charpentier

 « Les François représentent leurs passions avec moins de violence [… ] Les airs ne sont pas pour exciter  la cholère, et plusieurs aultres passions, mais pour resjouyr l’esprit des auditeurs, et quelquefois les porter à la dévotion. »

Marin Mersenne, Lettre à Constantin Huygens, 14 novembre 1640

 

 

Le grand motet en symphonie

 

Bernard–Aymable DUPUY (1707-1789)

Les grandes fêtes religieuses sont célébrées avec faste, en « grande symphonie » : le maître de musique compose alors une musique adaptée à la circonstance, et des musiciens sont recrutés dans toute la ville pour renforcer les rangs de la maîtrise. Durant les quelques quarante quatre années passées à la tête de la prestigieuse chapelle de la collégiale de Saint-Sernin de Toulouse (de 1745 à 1789), Dupuy a composé nombre de grands motets qui, au delà du service divin, sont aussi une affirmation de la vitalité et de la prospérité de l’église Saint-Sernin.

Le motet Nisi quia Dominus (psaume 123), est une œuvre beaucoup plus tardive… si la date précise de sa composition n’en est pas connue, on sait cependant qu’il fut joué à Saint-Sernin en 1789, l’année même de la mort de Dupuy.

S’inscrivant dans la tradition du grand motet versaillais, et empreintes d’une sensible influence italienne, ce motet propose une peinture musicale d’un psaume biblique. Le compositeur utilise une large palette, faisant appel tant au figuralisme de l’écriture instrumentale qu’à un riche contrepoint aux effectifs sonores bien choisis qui sont autant d’éléments propres à révéler toute l’émotion contenue dans le texte.

 

Jean-Joseph MOURET (1682-1738)

Une fanfare symbolise généralement des airs de chasse ou de musique militaire. Une des plus célèbre des fanfares reste celle composé par Jean-Joseph Mouret compositeur français né à Avignon. Sa carrière commença sous ces auspices favorables et il devint Surintendant de la musique à la cour de Sceaux. Il collabora à l’Académie royale de Musique ainsi qu’à la Comédie-Italienne, puis devint directeur du Concert Spirituel. Mouret a composé principalement pour la scène (tragédies en musique, opéra-ballet), mais il a aussi écrit des airs, des divertissement, de la musique instrumentale (sonates, fanfares et des motets). Il faut retenir, entre autres compositions, les deux suites de symphonies. La première s’intitule « Fanfares pour trompettes, timbales, violons, violons et hautbois » et est dédiée au fils de la duchesse du Mains, le prince des Dombes.

 

Marc-Antoine CHARPENTIER (1643-1704)

Charpentier laisse une œuvre monumentale dans la quelle il manifeste une égale maîtrise dans l’art de la composition. Sa musique tire essentiellement sa substance et sa singularité du mélange des styles français et italien auquel elle emprunte de nombreux éléments tels que la richesse mélodique, l’usage dramatique du silence et de la modulation, le goût du chromatisme et des dissonances.

Ce « Te Deum » composé pour solistes, chœur et orchestre, a probablement servi à célébrer une des nombreuses victoires militaires de Louis XIV au début des années 1690, peut-être de celle de Steinkerque, le 3 août 1692. L’œuvre obéit aux principes du grand motet français avec récits pour voix seule, petits ensembles, chœur et orchestre.

Le fameux prélude qu’on attend au début de l’Oeuvre présente une forme en rondeau dans laquelle ce qui est devenu des siècles plus tard l’indicatif de l’Eurovision sert de refrain.

Très vite après sa mort, Charpentier sombre dans un oubli quasi total. Les raisons d'un tel silence semblent venir tout autant de l'homme dont l'existence modeste se déroula en marge de la puissante cour que du créateur. En effet, l'œuvre de Charpentier ne suit pas toujours les canons de l'esthétique française de l'époque et ne connut pas l'audience qu'elle méritait, ainsi que le compositeur s'en plaint dans son épitaphe.



Trois siècles plus tard, il semble bien que Charpentier a pris une juste revanche sur les frustrations subies, que ce soit dans les déboires qu'il rencontra au cours de sa carrière ou suite aux critiques parfois violentes que son œuvre occasionna. En effet, il est actuellement le compositeur français de l'époque baroque le plus présent au disque et au concert, et intéresse aussi bien les professionnels que les amateurs.

 

 

Programme

Bernard–Aymable DUPUY (1707-1789) : « Nisi quia Dominus »

Jean-Joseph MOURET (1682-1738) : « Fanfares pour des trompettes, timbales, violons et hautbois » - Première suite

Marc-Antoine CHARPENTIER (1643-1704) : « Te Deum » H.146

 

Ensemble Antiphona

Solistes (6) :

  • Dessus (2),
  • Haute-contre (1),
  • Taille (2)
  • Basse (1)

Ensemble vocal (16) :

  • Dessus (4),
  • Hautes-contre (3)
  • Taille (5),
  • Basses (4)

Ensemble instrumental (13) :

  • Violons (2),
  • Altos (2),
  • Viole de gambe (1)
  • Violone (1),
  • Hautbois (1),
  • Flûtes (1)
  • Trompette (1),
  • Timbales (1)
  •  Basson (1),
  • Théorbe (1),
  • Orgue positif (1)

Direction : Rolandas Muleika