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Les Histoires Sacrées de Charpentier

Saison: 
2013-2014
Date: 
Mercredi, 13 Août, 2014
Heure: 
21 h
Lieu: 
Cathédrale de Villefranche de Rouergue

Programme

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)  : « Mors Saülis et Jonathæ »  H. 403 
Guillaume Bouzignac (1587-1643) : « Prima lamentationum » « O mors, ero mors tua »
Anonyme du XVIIIe siècle manuscrit de Villefranche de Rouergue  : « Misericordias » motet à voix seule en symphonie (inédit)
Emilio de Cavalieri (1550-1602)  : « Rappresentatione di anima et di corpo »  Atto Primo & Atto Terzo
Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)   : « Sacrificium Abrahæ »  H. 402

 

Distribution

Dessus (2), Hautes-contre (2), Tailles (2), Basses (2)
Violons (2), Flûtes (2), Violoncelle (1), Contrebasse (1), Théorbe (1), Orgue/clavecin (1)

 

Le terme « oratorio » fut rarement employé en France pendant le XVIIe siècle, Marc-Antoine Charpentier, considéré aujourd’hui comme le père de l’oratorio français, le nommait « historia » ou en français « histoire sacrée ».  Les histoires sacrées de Charpentier forment un aspect essentiel de son œuvre, ainsi qu'un des plus originaux, inspirées par son séjour romain. Au nombre de trente-cinq, ces pièces sont conçues comme de grandes fresques bibliques utilisant le chœur et, pour quelques-unes d'entre elles, l'orchestre. Selon le musicologue H. W. Hitchcock ces œuvres en latin sont en vérité des « motets dramatiques » et se divisent en trois groupes : « historia », « cantica » et « dialogus ». Dans les « historiæ » la narration est confiée à un "historicus" pouvant être un soliste, un petit ensemble de voix ou le chœur, et les différents personnages interviennent à la première personne. Les "cantica" recourent à des proportions et à des effectifs plus réduits, l'action y tient un rôle restreint. Et les "dialogi", comme l'indique le titre, reposent sur le principe du dialogue entre deux personnages, ou deux groupes de personnages.

La forme «Histoire sacrée», sorte de mini-opéra mettant en scène des passages de l'Ancien Testament, est directement héritée des grands mystères médiévaux qui se jouaient sur les parvis des cathédrales pendant les Pâques. A l'époque baroque, certains compositeurs italiens excellent dans ce genre ; le plus célèbre est Carissimi, dont le merveilleux « Jephté » fait partie des grands chefs-d'œuvres de l'art vocal  au XVIIe siècle. C'est probablement pendant son séjour à Rome que Charpentier s'est familiarisé avec cette forme et l'a ramenée en France, où il est, d'ailleurs, quasiment le seul à l'avoir employée régulièrement à son époque.

 

« Mors Saülis et Jonathæ » (H.403) de M.-A. Charpentier
 C’est probablement l’oratorio  le plus complexe de Charpentier, l’aboutissement d’un projet de théâtralisation dans le domaine des histoires sacrées. Charpentier traite l’œuvre comme un opéra miniature en deux actes. Composé vers 1682-1683 pour les Jésuites, l’œuvre tire son argument des Livres de Samuel. L’histoire rapporte le début de la guerre qui opposa Saül, roi d’Israël, aux Amalécites chez lesquels s’est réfugié David poursuivi par Saül. Le vieux roi, désirant connaître l’issue de la bataille qu’il se prépare à livrer, se rend chez la pythonisse Maga. C’est la première partie de l’œuvre. La seconde se situe après la bataille. Jonathas est mort, Saül veut se suicider et David se lamente …

Les motets « Prima lamentationum » « O mors, ero mors tua » de Guillaume Bouzignac  et « Misericordias » d’un compositeur anonyme du XVIIIe siècle
représentent un bref aperçu d’un très riche fond musical que possède notre région à l’époque baroque. G. Bouzignac formé à la maîtrise de la cathédrale de Narbonne occupe à son tour des postes de maître de chapelle à Grenoble, Tour et à Rodez et a été au service de Henry, duc de Montmorency. Il est considéré comme un des précurseurs de l’oratorio en France. Le motet « Misericordias » nous surprend une fois encore par sa beauté expressive et  la qualité musicale cultivée à la chapelle des Pénitents Noirs de Villefranche de Rouergue au XVIIIe siècle. 

La Rappresentazione di Anima et di Corpo (1600) d’Emilio de’ CAVALIERI
C’est à Rome au cours de la première moitié du XVIIe siècle qu’est né l’oratorio, cette « arme musicale de la Contre-Réforme », selon Michael Talbot. L’acte de naissance du genre, en 1600, s’inscrit dans les célébrations qui accompagnent le jubilé de 1600 ; son développement, par la suite, correspond à la Rome triomphante du pontificat d’Urbain VIII ; il atteint une perfection formelle et une puissance d’expression inégalée dans les œuvres de Carissimi au milieu du siècle.
Les fêtes habituelles de Carnaval étant suspendues lors du jubilé de 1600, Cavalieri propose un spectacle à la portée spirituelle et édifiante qui puisse servir de substitut aux festivités profanes traditionnelles : l’oratorio était né. Héritière du théâtre religieux du Moyen-Age, la Représentation de l’Ame et du Corps fait chanter des allégories, des anges gardiens et des chœurs d’âmes béates ou damnées dans une esthétique de spectacle baroque. Ce sont essentiellement des extraits du troisième acte qui seront proposés ici.

« Sacrificium Abrahæ » (H.402) de M.-A. Charpentier
« Le sacrifice d’Abraham a été composé entre 1680 et 1681. L’épisode débute à la naissance d’Isaac, fils unique d’Abraham et de Sara. Il se poursuit avec la mise à l’épreuve d’Abraham à qui Dieu demande le sacrifice d’Isaac. Le librettiste de Charpentier a paraphrasé l’Ancien Testament, pour conclure par des louanges inspirées des psaumes. L’œuvre est construite en triptyque : 1. La naissance d’Isaac et l’intervention de Dieu exigeant le sacrifice, 2. Le sacrifice, 3. Joie des protagonistes. Chaque partie de l’histoire possède un climat affectif particulier : la joie de la naissance, la gravité de la parole de Dieu, la désolation du dialogue Abraham-Isaac opposant la grâce de l’enfant à la détresse du père …